Tribune sur la fabrication et la consommation du cuir en France

Comme une grande partie des français, je mange un peu de viande et je porte des accessoires en cuir. Or, il y a deux ans, sensibilisée par mes enfants, je  me suis rendue compte que les marques ne mentionnaient jamais la provenance des peaux.  Ç’était à l’époque de la diffusion d’informations et de vidéos qui dénonçaient la maltraitance animale notamment dans les abattoirs. Deux questions me sont alors venues à l’esprit : comment consommer en France des objets en cuir en s’assurant que le bien-être animal est respecté ? Et y a-t-il des marques aujourd’hui qui certifient l’origine française et ce bien-être animal ?

Tout d’abord, un chiffre à retenir : 3,4 millions de bovins adultes sont abattus en France par an pour nous nourrir (source CNC 2017). Ce sont donc 3,4 millions de peaux à valoriser, c’est à dire à transformer en cuir puisqu’elles sont considérées comme un déchet de la filière alimentaire à la sortie des abattoirs.

La filière cuir française

La filière cuir française, positionnée plutôt sur le luxe et le très haut de gamme, préfère utiliser le veau, l’agneau ou les cuirs exotiques, et pas forcément d’origine française. C’est pourquoi, depuis plusieurs années maintenant, la plupart de ces peaux de bovins adultes, partent à l’étranger pour être transformées, d’abord en cuir, puis en produits manufacturés. Certains de ces produits reviennent alimenter nos circuits de distribution en France. Ce qui est de mon point de vue, absurde et surtout renforce notre empreinte carbone. Ensuite, j’ai découvert que, quand on parle d’un article en cuir made in France, il est rare que la peau utilisée soit d’origine française. « Lors de ma visite au MIF expo 2017, j’étais surprise d’entendre les maroquiniers français m’indiquer qu’ils s’approvisionnaient à l’étranger. »

La traçabilité du cuir en France

Il faut savoir qu’on perd la traçabilité de la peau lors de sa transformation en cuir brut : le tannage. L’opération se déroule dans un grand foulon (imaginez un grand tonneau) qui mélange des tonnes de peau. A moins de les identifier en amont ou d’affréter un foulon spécialement, c’est à ce moment précis qu’on perd l’origine de la peau. Il est même exceptionnel qu’elle soit tannée en France. Il ne reste que 19 tanneurs en France. D’où l’urgence de redonner vie au cuir 100 % français car il y a 50 ans, La France possédait des tanneries un peu partout dans nos régions. Le tannage des peaux est l’opération la plus délicate dans la fabrication du cuir. Il existe deux sortes de tannage : végétal et au chrome. Les deux co-existent car ils ne répondent pas aux mêmes besoins dans la fabrication des produits finis (sacs, ceinture, chaussures, semelles, vêtements). Les tanneurs en France sont soumis à des normes environnementales, tant dans l’activité que dans le recyclage des eaux, très exigeantes. Cela leur demande d’adapter régulièrement leur dispositif. Rien à voir avec ce qui est pratiqué à l’étranger dans certains pays. C’est d’ailleurs pour cette raison, que tous les ans, certains tanneurs abandonnent leur activité par manque de rentabilité. Ensuite, la peau possède un grain naturel qu’il faut savoir exploiter. Plus le cuir est lisse ou imprimé, plus il a été travaillé voire recouvert de diverses couches.

Comment fabriquer des objets en cuir en respectant le bien-être animal sur la base d’un modèle économique rentable ?

N’ayant pas trouvé d’acteurs proposant un produit qui réponde de manière satisfaisante à ces questions, cela m’a amenée à une 3ème question : comment fabriquer des objets en cuir en respectant le bien-être animal sur la base d’un modèle économique rentable ? Pour certifier l’origine de la peau, il est possible d’acheter le cuir sur pied et/ou l’entreprise de tannage. C’est ce que font certains acteurs du luxe notamment pour le veau. Il existe aussi une autre option qui consiste à monter une chaine de valeurs de l’élevage fermier à la fabrication avec des prestataires-experts. Ce dispositif suppose un minimum de commande ou un prix de vente élevé pour absorber les coûts de fonctionnement du foulon (supérieur à 300/400 peaux en fonction du poids pour être rentable). C’est cette option que nous avons choisie pour créer Le cuir est dans le pré, notre start-up familiale engagée dans le cuir éco-responsable et 100 % français.

Le cuir est dans le pré

Auriane de Saint Albin a fondé avec ses enfants, Le cuir est dans le pré, une start-up familiale engagée dans le cuir éco-responsable et 100 % français, pour consommer mieux et moins. Le cuir est dans le pré, ce sont des accessoires en cuir de vaches adultes, bien élevées et 100 % françaises. Le cuir est dans le pré s’adresse aux hommes aux femmes qui aiment les accessoires en cuir et veulent pouvoir l’adapter à leurs tenues. Et en même temps, qui veulent connaitre l’origine de leur cuir, consommer réellement 100 % français et fuir la valse des prix.

Si c’est un succès en France, l’équipe prévoit de dupliquer cette chaine de valeurs dans tous les pays du monde en s’appuyant sur des acteurs locaux, soucieux du bien-être animal et de l’environnement.

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